J’entends déjà l’indignation et les contestations jusqu’ici. J’aurais peut-être dû intituler mon article « blogueur, le pire statut du monde ! ». Parce qu’à la limite, ce serait beaucoup plus simple si bloguer était un métier. Explications. 

LE MANQUE DE CONSIDERATION 


J’ignorais que blogueuse aujourd’hui signifiait vache à lait. J’ignorais que pour les marques ou pour les personnes qui te contactent d’abord par Instagram, puis par Facebook, et re par Instagram (parce que tu n’as pas répondu aux deux premiers messages dans les 10 minutes), tu n’étais finalement qu’un support publicitaire. Naïve, me direz-vous ? Disons, attachée à la vieille école. 

Je vais parler de mon cas, mais ayant d’autres blogueuses dans mon entourage, je sais qu’il est généralisé.
Je reçois à peu près une dizaine de demandes de collaboration par jour (des mails, mais aussi des messages sur Facebook et Instagram). Des demandes de collaboration pour tout et n’importe quoi : de la marque de vêtements ultra connue, à des gadgets jetables, en passant par des Twix. 


>> Statut n°1 : POUBELLE GEANTE - USINE A TRI 

La moitié des mails ne me sont clairement pas adressés : pas de nom, des erreurs dans le nom du blog… De toute évidence les personnes qui les ont écrits ne s’intéressent pas du tout à ce que je produis et ne me voient qu’en nombre de followers. 


>> Statut n°2 : POTENTIEL DE PORTEE




Je vais vous dire… jusqu’ici ça va. Ce n’est rien, pourtant c’est déjà beaucoup.


Sur les dix, je ne réponds qu’aux collaborations qui éveillent ma curiosité. Soit parce que je connais la marque et que j’ai envie de collaborer avec elle, soit parce que j’aime tester des nouveautés. 

En général, la marque me répond toujours d’un ton emballé et jovial (j’ai une théorie comme quoi la plupart sont sous champi quand ils rédigent, parce que de toute évidence ils vivent une expérience extraordinaire vu le ton employé) et subitement, tu deviens leur meilleure amie : « OH SWEETIE ! HELLO MA BELLE (…) ». 


>> Statut n°3 : CRUCHE



J’ai du louper le cours où l’on disait qu’il fallait parler à des blogueuses comme si elles étaient des attardées mentales. Ou ne serait-ce qu’une stratégie pour mieux nous amadouer ? 

Parce qu’ensuite je reçois les détails de la collaboration. Et là, c’est là qu’on rigole vraiment !

>> Statut n°4 : SERVICE GRATUIT ET ILLIMITE

Vous voulez un exemple ahurissant ? 

Dernière campagne Twix : l’agence de presse me demande si je veux goûter les nouveaux Twix en échange de deux posts IG et deux stories. J’ai donc droit à 4 Twix en échange de deux heures de travail. Je dis que je veux bien les gouter et qu’en contrepartie je produis une story et un post où je suis libre de poster ce que je veux. C’est d’accord.
Deux semaines plus tard, l’agence me renvoie un mail pour avoir une preview de mon post en disant qu’elle veut un tel type de photo, avec telle couleur, etc. Je lui réponds que n’étant pas rémunérée, qu’il n’y avait pas de contrat, je n’avais pas de compte à rendre et que posterai une photo à la hauteur de ce que je poste habituellement. 
Pas de réponse. Le jour de la campagne, je reçois plusieurs mails me rappelant que poster, quand poster, que dire et avec quel hashtag. Je poste à ma sauce (clairement). Je reçois un second mail me demandant de retirer ma photo parce qu’elle ne convient pas et de reposter une autre photo, sans oublier de poster la deuxième story. 

Je vous rappelle que nous parlons de Twix, de putain de Twix (sorry, cette histoire est dingue). 


Autre exemple : 

Je reçois une demande de collaboration où la personne me demande 2 posts IG, 1 post Facebook et 1 article. Je réponds que pour l’investissement de temps et le travail fourni, je demande 100€.  Réponse classique : « Nous n’avons pas prévu de budget supplémentaire pour la campagne ». 


Encore d’autres : 

« Ok je t’offre un produit, tu me ramènes des clients ! Deal ? » ou « Je t’offre la possibilité de faire un concours et de faire gagner 10€ à tes followers » (5€ de réduction chez Colruyt aussi ?)




Voici un petit échantillon de ce que je reçois tous les jours. Vous savez ce que ça fait ?
Quand on vous traite de la sorte (je pèse mes mots). Je ne parle pas ici de rémunération ou autre, je parle de considération. Les marques oublient trop souvent que derrière chaque blogueuse, il y a une personne. Une personne avec des émotions, une sensibilité.
Imaginez, si on ne voyait en vous qu'un outil… Comment le vivriez-vous à long terme ? 


LE REGARD DES AUTRES


« Non, mais les blogueuses, elles ont la belle vie ! Tout est gratuit ! » ou encore « Avec 6000 abonnés, tu ne dois déjà plus payer tes fringues, ta bouffe et tes voyages ! » ou « Je ne comprends vraiment pas les blogueuses qui se plaignent… Elles ont une vie parfaite et certaines ne sont même pas reconnaissantes ! » « Pour des photos prises avec leur Iphone… »

Ca, c’est qu’on entend tous les jours aussi. Parfois, dit de manière plus gentille « Oh c’est trop bien, tu reçois plein de produits ! », parfois moins.
Ca, c’est ce qui nous empêche d’écrire le genre d’article comme celui-ci et qui nous réduit parfois au silence.
Ca, porte le nom pesant de CULPABILITE. 

Pour ne parler qu’en mon nom encore une fois, oui, je reçois beaucoup de produits et oui, je suis consciente de tout ce que mon blog m’apporte, pas seulement en matériel d’ailleurs. Ce serait tellement triste de le réduire à ça. 
Mon blog m’a permis de rencontrer des personnes extraordinaires. Mon blog m’a ouvert les portes du monde du travail, m’a permis de vivre des expériences inoubliables, de participer à des évènements de folie qui restent encore à ce jour des souvenirs inoubliables. 

Je suis consciente que ce blog est une chance, la chance de ma vie. 
Mais c’est aussi mon pire cauchemar.

Les aprioris s’accompagnent parfois de jugements, pire, de critiques ou de moqueries. 
Dans le milieu du travail « classique », on appelle ça du harcèlement moral. Dans le milieu du travail « classique », on démissionne pour ça, on fait des burn-out… 

En tant que blogueuse, nous n’avons évidemment pas le droit de nous plaindre, parce que, rappelons-le, nous avons le plus beau métier du monde. 


UN TRAVAIL QUI NE MERITE PAS DE SALAIRE


« Tout travail mérite salaire » ne s’applique pas chez les « petites » blogueuses. Apparemment, il existerait une loi tacite qui estime qu’avant 15 000 followers, tu ne peux pas demander d’être rémunéré. Donnez-moi UNE raison VALABLE qui le justifierait ? Le nombre de followers ? Le manque de professionnalisme ? 

Petites ou grandes blogueuses, certaines passent des heures par jour à créer du contenu de qualité. Travail qui couterait des centaines d’euros si la marque passait par une agence de communication par exemple.
Ce qui est drôle, c’est que les marques considèrent les blogueuses comme un outil publicitaire, mais qu’elles ne sont pas prêtes à payer le JUSTE prix. Au nom de quoi ? La passion ou la naïveté ? 



Reprenez-moi si je me trompe, mais jusqu’à l’heure d’aujourd’hui, ce ne sont pas les fringues reçues qui paient le loyer.

Attention, je ne dis pas de tomber dans l’excès inverse et de s’auto étiqueter « outil publicitaire », en demandant d’être payé à tout va. 

En parlant de rémunération ou plutôt de non rémunération dans ce cas-ci, j’aimerais souligner l’absence de valorisation et de considération donnée au travail. En un mot : blessant.



UN TRAVAIL DANS LE VENT


Cerise sur le gâteau : Instagram et son algorithme.
Sans rentrer dans les détails et les longues explications, que la plupart d’entre vous connaissent, Instagram a décidé de choisir les photos qu’il montre. 
Pas de bol, pour les 3/4 des blogueuses, algorithme rime avec néant. Les photos n’apparaissent tout simplement plus dans le fil d’actualités. 

Finalement, on en vient à penser : tout ça pour rien ! 



Voilà mon expérience du blog aujourd’hui. Heureusement, derrière tout ça, il existe toujours cette même passion. La passion d’écrire et de partager un maximum avec vous. 





Je tiens à vous dire que suite à cet article et à de longs mois de réflexion, je vais orienter mon blog différemment. Je n’accepterai plus de partenariats de la même manière, seulement des projets ou des collaborations bien spécifiques. 

Je tiens également à dire que, bien évidemment, toutes les marques ne nous considèrent pas comme des outils. La plupart des agences et de nos contacts sont respectueux et la plupart des gens sont bienveillants. J'en profite au passage pour les remercier pour tous leurs petits mots et attentions au quotidien.